LE LEADERSHIP EST-IL INNÉ OU ACQUIS?

Sir Francis Galton était le cousin d’un cousin de Charles Darwin. Seriez-vous surpris si je vous disais qu’il croyait que le leadership était héréditaire? Dans son livre Hereditary Genius (1869), Galton a fait valoir que le leadership est une capacité unique qui fait partie du patrimoine génétique d’un individu. En d’autres termes, vous héritez de votre leadership et vous le transmettez à vos enfants. Il a proposé des accouplements sélectifs pour produire des individus avec des qualités de leadership exceptionnelles. Des recherches subséquentes, toujours inspirées par la théorie eugénique, ont conclu que les leader étaient plus grands que la moyenne, plus extravertis que la moyenne, plus beaux que la moyenne ou plus intelligents que la moyenne. Je suis sûr que vous lisez cette liste de caractéristiques en pensant à de grands leaders qui n’ont de toute évidence pas ces caractéristiques: Napoléon pour la grandeur ou encore Gandhi pour l’extraversion par exemple. (pour rester poli et « politiquement correct », je vais m’abstiendrai de donner des exemples pour les deux dernières caractéristiques!)

Dans la littérature chinoise ancienne, Lao-tzu décrit les leaders comme étant dévoués, honnêtes et sachant résoudre les conflits de façon équitable. Les auteurs médiévaux ont eux, évoqué des capacités de sagesse et de raisonnement. Des approches plus récentes ont examiné les types de personnalité, les compétences et l’expertise. Les premières tentatives de mesure de ces traits ont été effectuées au cours de la Première Guerre mondiale afin de sélectionner les hommes les plus compétents pour des postes à responsabilités. Lors d’une de mes visites en Russie, le recteur de l’une des Académie d’administration publique m’a expliqué comment, durant la période soviétique, les jeunes étaient choisis à un très jeune âge pour devenir des leaders sur la base d’outils psychométriques. Il m’a décrit comment, si vous réussissiez à être sur la liste «A», vous étiez considéré comme un leader: on vous développerait et votre avenir avec toutes les responsabilités que cela implique était assuré pour la vie, tandis que si vous étiez sur la liste “B” vous ne pourriez jamais aspirer à devenir un leader.

Et l’hérédité finalement?

Les études les plus importantes des traits du leader ont été effectuées à l’aide du NEO-PI de Costa et McCrea et du bien-connu Myers-Briggs Type Indicator. Bien que ces études ont identifié avec succès les préférences communes aux leaders pour l’extraversion et pour l’utilisation de l’intuition, par exemple, elles ont trouvé des leaders partout, dans tous les quadrants décrits par ces modèles. En d’autres termes, les types de personnalité ou les préférences ne sont pas prédictifs des qualités de leadership ou du succès en tant que leader.

Comment se fait-il que nous puissions reconnaître un leader, sentir l’influence que cette personne a sur nous, sans pour autant parvenir à définir des attributs stables qui permettraient de prédire des hautes compétences de leadership? Ces études ont démontré que bien que les qualités de leadership soient connues (par exemple le maintien de bonnes relations, avoir une vision claire, être en mesure d’influencer et de générer un engagement puissant des autres), les personnes qui ne possédaient pas l’un ou l’autre des traits spécifiques de la personnalité du leader étaient en mesure d’apprendre les compétences associées à ce trait et de devenir des leaders efficaces.

L’analogie de talent

J’ai deux enfants (jeunes adultes maintenant) qui ont appris à jouer du violon. Etant moi-même pianiste, je pouvais reconnaître très tôt que mon fils était naturellement doué pour la musique. À un jeune âge, il chantait juste, était capable de reconnaître et de reproduire des rythmes complexes. Quand il m’a demandé de prendre des leçons de violon, cela allait de soi. Ma fille était aussi une artiste de talent, au dessin par exemple, mais la musique était moins naturelle pour elle. Elle a du talent pour la musique, mais il lui vient beaucoup moins facilement. Cependant, elle a comme qualité d’être incroyablement disciplinée (je l’admire pour cela!): encore aujourd’hui elle fait ce qui doit être fait quand ça doit être fait plutôt que quand elle a envie de le faire. Son frère, d’autre part, s’est toujours appuyé sur son talent et a toujours commencé à pratiquer à la dernière minute, la veille de sa leçon. En conséquence, après six ans de violon, ils étaient à peu près au même niveau, et jouaient ensemble le Canon de Pachelbel accompagné par votre serviteur!

Après avoir passé près de 20 années à enseigner, faciliter et soutenir le développement du leadership, je constate que le leadership est un talent similaire à la musique ou au sport. J’ai vu des milliers de personnes chaque année s’engager à travailler sur leur compétences en leadership. Certaines de ces personnes sont naturellement, et extraordinairement talentueux, tandis que d’autres, comme ma grande fille, travaillent avec acharnement pour y arriver, déterminés et infatigables. Je dois dire que j’ai le plus grand respect pour ces derniers, pour l’engagement et l’énergie qu’ils mettent dans l’amélioration de leurs compétences. Certains d’entre eux m’ont dit que quand ils essaient une nouvelle approche de communication ou tentent pour la première fois de mobiliser leurs employés sur une route difficile, ils se sentent mis en scène, lisant un script, jouant un rôle dans un film. Mais au fur et à mesure qu’ils continuent à travailler, ils arrivent lentement à maîtriser la compétence et se sentent moins inconfortables. Ils peuvent alors utiliser cette compétence en cas de besoin, aussi éloignée qu’elle puisse être de leur préférence naturelle. En fin de compte, de ces deux groupes, où trouverons-nous les meilleurs leaders?

C’est entre vos mains!

Ian, un bon collègue, utilise une métaphore. Le leader est comme le conducteur d’une voiture. Vous pouvez toujours décider de conduire ou non. Si vous ne voulez pas conduire, vous pouvez toujours vous garer sur le côté de la route et continuer à pied. Toutefois, si vous prenez cette décision de conduire le véhicule et de continuer à rouler, vous aurez à faire face à ce que vous rencontrerez. Il est inutile de blâmer la route parce qu’elle est sinueuse ou glacé, la route s’en fiche! Finalement, en tant que conducteur, nous devons acquérir les compétences l’expérience nécessaire à la conduite automobile (sécuritaire!) pour devenir graduellement moins intimidés par différentes conditions de circulation et plus compétents pour faire face aux diverses situations sur la route. Mais, en fin de compte, tout ceci commence d’abord par notre décision de conduire ou pas, tout cela est entre nos mains. Certains décident de prendre le train, une décision tout à fait respectable!

Nous nous sentons parfois aspirés par la spirale du Leadership, et pourtant c’est un choix. Je dois admettre qu’il y a des jours plus difficiles que d’autres où je dois me rappeler qu’être un leader est le fruit de ma décision, et qu’elle implique de travailler sur mes compétences… Et vous, chers collègues? Avez-vous choisi de conduire? Assumez-vous votre choix? Perfectionnez-vous vos compétences de conducteur?